Découvrez comment ce jeune transforme l’arachide à Dosso.

Il appert aujourd’hui que l’entreprenariat fait l’objet d’un nombre étonnant d’initiatives, d’événements et de discours, dont une grande partie s’adresse aux jeunes. Découvrez à travers cet entretien le portrait de Garba seyni Ibrahim, un ingénieur pétrolier qui s’est lancé dans l’entreprenariat pour voler de ses propres ailes.

1. Pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs, votre parcours et votre entreprise ?

Je suis Garba Seyni Ibrahim, titulaire d’une licence en mine et génie pétrole. Je suis actuellement en instance de soutenance des masters dans les deux domaines.

Je suis le promoteur de l’entreprise hygiène dev qui a vu le jour en 2018.  Ayant été inspirée pendant mes études à Bamako, j’ai pris l’engagement de ne plus être une charge pour ma famille encore moins pour l’état à mon retour au pays sachant bien qu’il ne serait pas facile de trouver du travail dans notre domaine.

Ce qui m’a motivé à créer et formaliser mon entreprise en février 2018.

Ce processus m’a été facilité par la chambre de commerce qui m’a fourni les éléments nécessaires pour la formalisation de l’entreprise.

Après avoir obtenu le Nif, aucune lueur d’espoir ne s’est pointée à l’horizon car mon entourage pensait que mon idée d’entreprise demandait beaucoup de milliards pour sa réalisation et beaucoup m’ont conseillé de la transformer en ONG. Après plusieurs mois, me tenant fermement à mon entreprise, j’ai fini par investir dans le transport urbain couramment appelé Kabou kabou avec une moto au tout début.

Comme l’activité marchait bien, j’étais parvenu à avoir cinq motos en 2019. Cependant, suite aux multiples accidents et comportements peu éthiques des conducteurs de moto, j’avais pris l’initiative la même année de vendre toutes les motos et d’investir dans l’agroalimentaire en transformant l’arachide en huile et en pâte. Après 6 mois d’enquête et d’exercice avec un groupement féminin que j’avais créé et appuyé sur fond propre à hauteur de 110mille, j’avais vite compris que c’est un domaine qui rapporte et que je dois élaborer un plan d’affaire pour chercher un financement et moderniser les techniques de productions.

Après élaboration, mon dossier a été accepté mais je devais fournir un apport personnel de 10% ; Ce qui m’a fallu la vente de ma moto pour l’avoir.

Aujourd’hui, j’ai installé mon unité de production d’huile et de pâte d’arachide employant 7 femmes et 3 jeunes sur les machines.

2. Selon vous, qu’est-ce que l’entrepreneuriat et pourquoi avez-vous décidé d’entreprendre dans le domaine dans lequel vous êtes ?

Selon moi, entreprendre n’est rien d’autre que de s’engager à prendre non seulement un risque mais surtout un risque démesuré.

J’avais décidé d’entreprendre dans la transformation d’arachide car c’est un créneau porteur mais aussi pour alléger la souffrance des femmes qui la pratiquaient dans des conditions précaires et non hygiéniques afin de satisfaire la forte demande de ces produits convoités de tous en industrialisant l’activité.

3. Quelles sont les difficultés que vous avez rencontrées lors de la création de cette entreprise, comment avez-vous pu surmonter les problèmes rencontrés ?

Les difficultés que nous avions rencontrées sont énormes. Imaginez une personne qui n’a jamais été formée sur l’entrepreneuriat qui veut entreprendre. Voyez-vous un jeune diplômé qui se lance dans un domaine autre que celui de sa formation ? Le défi était réel et mon jeune âge fut un obstacle pour gagner la confiance de la banque, surmonter l’opinion des gens et les difficultés financières. Malgré cela je n’avais pas baissé les bras.

Je me suis auto formé et avec la confiance et l’appui des femmes de mon groupement qui m’ont aidé, j’ai pu continuer le combat. Mais le plus important était de comprendre que je pouvais commencer du scratch.

4. Avez-vous une concurrence dans votre zone d’intervention ? Qu’est-ce qui vous rend différent d’elle ?

Quand nous avons débuté, il n’y avait pas une entreprise formelle qui exerçait la même activité que nous avec les équipements semi modernes.

Mais je peux dire que nos concurrents sont les femmes des ménages et les groupements qui exercent ce métier à Dosso dans l’informel pour répondre à leurs besoins quotidiens.

La différence entre notre entreprise et ces femmes est que nous transformons l’arachide avec des machines modernes, dans des conditions d’hygiènes et de sécurité absolue. Nos produits sont disponibles à tout temps et toute période, à un prix standard dans un emballage approprié. De plus, nos ressources humaines sont qualifiées.

5. En tant qu’entrepreneur comment voyez-vous la situation de vie des jeunes de Dosso ? Quel est le plus grand frein pour ces jeunes ?

La vie des jeunes de Dosso en matière entrepreneuriale reste à désirer. La majeure partie de ces jeunes préfèrent s’assoir dans des fadas sans rien dans les poches que de mener une activité lucrative. Il leur manque une culture entrepreneuriale. De mon point de vue, ceci est dû au manque de centres d’incubations ici à Dosso qui puissent les aider à s’orienter davantage vers l’entreprenariat.

Pour que la jeunesse s’active il faudrait renforcer la sensibilisation et maximiser la formation, créer un centre incubateur à Dosso et favoriser le financement des jeunes entrepreneurs porteurs d’idées. J’ai eu l’honneur de sensibiliser plus de 100 jeunes de notre région sur la culture entrepreneuriat grâce au RESEAN et l’état du Niger à travers le ministère de l’entrepreneuriat des jeunes à Dosso. J’ai également coaché plus de 5 jeunes lauréats au concours de plan d’affaire de la maison d’entreprise sans compter les appuis et conseils fournis aux jeunes qui veulent se lancer.

6. Et qu’attendez-vous de ces jeunes, de l’état et de ces partenaires techniques et financières pour faire progresser l’entrepreneuriat dans la région de Dosso ?

L’appel que j’ai à lancer auprès de l’Etat, partenaires financiers et techniques c’est de renforcer la capacité des jeunes, de financer les projets des jeunes et de promouvoir le modèle des jeunes ayant réussi dans l’entrepreneuriat. Il est important pour nous qui avons réussi à nous lancer d’aider nos jeunes frères et sœurs à travers les conseils et appuis techniques pour qu’eux aussi se lancent dans leurs domaines de choix car la lutte contre la pauvreté et chômage est une affaire de tous.

Propos receuillis par Ousseina Adamou Issaka, E-Matassa de la région de Dosso.

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