Zinder, autonomisation des femmes et barrière sociale.

Aujourd’hui l’autonomisation des femmes est un sujet mis au centre du développement d’un pays. Au Niger, l’un des pays en voie du développement, les femmes deviennent de plus en plus entrepreneures dans différents secteurs. Cette situation est observable à travers les petits commerces qu’elles exercent comme la production ou la transformation des céréales (arachide, sorgho, maïs etc), ou à travers  les startups qu’elles créent  pour répondre à un besoin existant au sein de  leur communauté. Cependant, comment ces femmes arrivent-elles à faire la différence?

A Zinder, une région du Niger animée au quotidien par des activités économiques, les femmes pratiquent le commerce, import-export avec la frontière du Nigeria, la restauration et ou le commerce des vivres. Ces activités leur donnent une certaine autonomisation, leur permettant de subvenir à leurs besoins quotidiens. Néanmoins, elles sont confrontées à beaucoup d’obstacles dont ceux d’ordre financier et social. En effet, il existe un manque de financement ou de fonds de démarrage pour les start-up débutantes et pour les PME, ce qui rend la tâche un peu difficile pour elles. Par ailleurs, elles se heurtent  au  manque de soutien de leurs époux  ou les parents amis et connaissances qui se permettent de prendre la marchandise ou demander le service sans payer etc. Ce dernier cas, est surtout ce qui démotive les jeunes en matière d’entrepreneuriat à Zinder et en général. N’a-t-on pas vu des organisations non gouvernementales venir en aide aux femmes en leur donnant de quoi démarrer ou appuyer leurs activités à qui les maris prennent l’argent pour se ravitailler ou satisfaire leurs besoins? Des couples ont eu des problèmes parce que la femme a réfusé de donner la subvention reçu à son époux. Or, le mari reste naturellement le premier soutien quant à l’autonomisation de la femme dans notre contexte. Mais celui-ci demeure le premier obstacle, la société ne fera que le reste comme on dit.

Mamou est l’une de ces femmes qui ont reçu la subvention d’une organisation de la place. Son activité consiste à vendre des habits de deuxième choix aux femmes de son quartier. Il lui arrive de partir à Kano pour acheter sa marchandise. Après avoir reçu une subvension de deux cent mille francs CFA,  son mari a récuperé la somme pour ne lui remettre que cinquante mille francs prétextant qu’elle n’a pas besoin d’une telle somme pour débuter son commerce surtout parce qu’elle est une femme. Mamou n’était pas d’accord avec cette décision de son mari et se heurta à son refus catégorique quand elle voulut en discuter. Elle a donc décidé de se plaindre auprès de l’organisation qui lui a donné la subvention. Cette dernière propose alors à Mamou de convoquer son mari pour qu’il lui remette son fonds de commerce. Par conséquent, de peur de perdre son foyer, son commerce et de faire face aux préjugés sociaux, elle préféra ne pas convoquer son époux pour continuer de mener ses activités et cacher ses bénéfices, nous a-t-elle confié. Des femmes comme Mamou, il en existe beaucoup à Zinder.

De plus, l’aspect religieux constitue également un frein pour les femmes dans l’exercice de leurs activités. En effet, des préjugés racontent que la femme n’a pas le droit d’exercer certains métiers comme celui de la musique, du théâtre, ou plus encore l’import export. C’est ainsi que beaucoup de femmes se retrouvent limitées même si elles possèdent des talents et potentiels pour rendre leurs communautés meilleures.  Nous pouvons changer le récit quant à la participation des femmes ou filles dans le développement social et économique du Niger. Cependant, il faut que la communauté comprenne le sens de l’entrepreneuriat et l’importance de soutenir l’entrepreneur, de surcroît une femme.. Dans cette mission, il faut que les hommes et toute la société supportent les femmes qui se battent au quotidien pour dépendre d’elles-mêmes, servir leurs communautés et participer au développement socio-économique du Niger. 

Nous sommes conscients que beaucoup d’efforts ont été fournis dans le cadre de l’autonomisation des femmes au Niger, particulièrement à Zinder, mais  beaucoup restent également à faire. C’est pourquoi,  nous proposons à toutes les parties prenantes  de former les femmes sur la culture entrepreneuriale et la gestion de l’entreprise (petite soit tel), afin de leur permettre de s’en sortir dans leur activité. Quant aux structures qui ont cette volonté d’accompagner les femmes à travers des subventions comme ça, d’avoir des discussions en amont avec les maris afin de leur expliquer clairement le but de la subvention et établir des mesures préventives en cas de problème avec les maris.

 Il faut donc continuer incessamment à sensibiliser, à accompagner les femmes dans leurs activités et à impliquer les époux dans ce processus pour qu’ils soient les premiers supports des femmes. L’autonomisation des femmes à Zinder est bien possible et peut être ancré à jamais dans la société. 

Zeinab LAWAN ISSOUFOU, E-Matassa de la région de Zinder

Crédit photo: PAM

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